Psychanalyse et idéologie

Micheline Weinstein • Au sujet de la Commission Accoyer

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Il est plus facile d'élever un temple que d'y faire descendre l'objet du culte

Samuel Beckett • « L'Innommable »

Cité en exergue au « Jargon de l'authenticité » par T. W. Adorno • 1964

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Personne n’a le droit de rester silencieux s’il sait que quelque chose de mal se fait quelque part. Ni le sexe ou l’âge, ni la religion ou le parti politique ne peuvent être une excuse.

Bertha Pappenheim

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Micheline Weinstein / 15 Juillet 2008

Au sujet de la Commission Accoyer
sur un futur statut des psychothérapeutes

Paris, le 15 juillet 2008

Micheline Weinstein

à

Madame la Ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports

Chère Madame la Ministre,

vous trouverez ci-après ma dédicace, placée sur notre site, en introduction aux textes de Guy Sizaret, psychanalyste, médecin-psychiatre de formation antérieure, un temps Directeur de CMPP.

Guy Sizaret - ses écrits en témoignent - est sans doute l'un des seuls, en France, à avoir travaillé, étudié sérieusement, à connaître et à souhaiter transmettre, indépendamment de tout psittacisme de secte et d'allégeance hypnotisée, l'œuvre de Lacan, qu'il a côtoyé personnellement.

Cette présentation de textes récents et plus anciens s'est trouvé correspondre au renouveau de polémique dans la presse, relatif à la Commission Accoyer sur un futur statut des psychothérapeutes.

C'est une foire d'empoigne consternante de la part de ce que j'ai appelé les “***...etpsychanalystes”, pour obtenir le privilège officiel et d'abord individuel, de se voir chargé par le Gouvernement, en tant que “spécialiste”, de “contrôler” la future pratique des candidats psychothérapeutes.

J'ai ajouté en documents joints à ma dédicace les premières pages des « Grammairiens... », ainsi que celles des références et autres textes auxquels je fais allusion dans ma dédicace.

Bien que, personnellement, je n'aie jamais été en accord avec Sizaret - et quelques autres... - sur le personnage de Lacan pas plus que sur son attitude désinvolte, nous restons fidèles à la ligne de conduite de notre site, qui est une tribune ouverte aux travaux et documents solides, dont nous respectons la pluralité et bénéficions de ses points de vue.

Je ne comprends toujours pas pourquoi, spécialité française, “on” s'obstine à qualifier de “psychanalystes” ceux et celles, auto-proclamés “***... etpsychanalystes”, alors qu'ils n'ont, tels Jacques-Alain Miller à la suite de son illustre beau-père Lacan, entrepris ni analyse personnelle ni analyse didactique ni, pour la quasi-majorité, lu Freud. Dont l'inculture, involontaire ou délibérée, les rend tout penauds dès qu'il leur est demandé de définir un concept psychanalytique freudien. À ne pas tenir compte de l'histoire, écrivait notamment Primo Levi, elle est condamnée à répéter ses erreurs et ses drames.

“L'analyste ne s'autorise que de lui-même... ”, voici la sentence que Lacan avait inscrit, emblématiquement, dans les statuts de son école en 1967, fort de son succès médiatique, auto-justifiant ainsi sa propre posture. Dont acte, depuis 40 ans, “toulemonde” se jette sur l'aubaine. Alors que cela témoigne seulement à quel point Lacan faisait peu de cas de Freud et de l'avenir de la psychanalyse... “Après MOI, le déluge !” D'ailleurs, quelques années avant sa mort, Lacan s'était publiquement fait l'oracle de la fin, avec lui, de la psychanalyse. Cela figure, par écrit, dans les archives. “Toutlemonde” a obtempéré sans moufter, exactement comme dans les dictatures, et s'est mis à la tâche de la déconstruction de l'édifice freudien, autant que de son possible héritage.

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Pour la suite des contacts que j'avais pris, forte de ma candide espérance, avec vous dès 2006 à ce sujet, ainsi que je l'ai écrit et publié récemment encore, ils étaient ceux d'une analyste enseignée, avec d'autres, par les meilleurs théoriciens et cliniciens, freudiens - Dolto, Perrier - que la France ait engendrés ; héritière de la déportation, à parité avec la psychanalyse, mais assez imbécile crédule, qui vous prie de l'excuser d'avoir pensé qu'il s'agissait simplement de témoigner de ses références professionnelles et de son travail de mise en pratique de la théorie de Freud, dans des conditions peu faciles - soyons brefs, blocus permanent -, pour être entendue.

J'ai fort peu goûté ce que je considère comme des bassesses, c'est-à-dire en clair les appréciations éparses, mais tenaces, qui me sont revenues aux oreilles ou par écrit, de la part de personnalités fortement médiatiques, ainsi que quelques autres plus ou moins représentatives par-ci par-là, auto-intitulées propriétaires exclusives de la déportation et/ou de la psychanalyse... et dont les “fondations”, institutions diverses, ne servent qu'à faire valoir leur MOI, à l'exclusion de toute solidarité, humaine, intellectuelle, scientifique, artistique, qui témoignerait de leur respect pour la qualité de l'héritage légué par ceux qui ne sont plus.

Être “connue”, mise en avant, ne m'a jamais intéressée. Assister, à cette façon brutale, grossière, vulgaire qu'ont ces gens-là, surtout depuis la mort de Françoise Dolto, de déclarer ne pas connaître quelqu'un ni ses travaux - le même sort fut dévolu à François Perrier, mais ce n'est hélas qu'un exemple parmi de nombreux -, de se débarrasser de qui pourrait, selon leurs termes explicites, leur faire de l'ombre, c'est-à-dire le rayer de la carte des vivants, est une méthode ancestrale qui a fini par me laisser assez indifférente, bien qu'avec, latente, une légère mais persistante nausée.

Par contre, j'aurais attendu que l'on ait un tout petit peu plus de considération, d'abord pour les personnes que j'ai eues et ai en charge, bien vivantes, de tous âges pour la plupart - pour les plus anciens, le temps d'une vie étant le seul phénomène que l'on ne puisse arrêter, ils sont partis, très vieux, visiter l'autre monde -, de même que pour l'énorme travail dont notre site en partie témoigne, et notamment pour la qualité professionnelle de ses documents et de ses auteurs, qui sont non seulement talentueux, mais dont la portée des travaux est remarquable par son sérieux, son honnêteté intellectuelle, son originalité.

Or, des propos peu élégants adressés, directement ou par la bande, atteignent, cela est inévitable, aussi les personnes avec lesquelles nous travaillons.

J'ai souvent, dans plusieurs textes, évoqué cette manière qu'avait Lacan d'exterminer la réputation de celles et ceux qu'il nommait “mes meilleurs élèves” / analystes - et d'un certain nombre, international, d'autres. Cette méthode avait pour conséquence de casser le transfert des analysant/e/s de ces analystes, notamment ceux et celles parmi les plus fins cliniciens et théoriciens. Or le transfert est notre principal outil de travail, particulièrement délicat à gouverner. Lacan déclarait doctement de surcroît que le travail que chacun et chacune avaient entrepris auprès de ses collègues avant de Le solliciter “n'était pas une analyse”. Ainsi, sa déconsidération ouverte et réitérée se révélait fructueuse au plan de sa publicité personnelle. Tous les “élèves” demeurés jusqu'à la fin de et dans son École, et les élèves d'iceux et d'icelles, sur trois générations, fonctionnent de même depuis, ce qui laisse peu de temps à l'exercice de la fonction thérapeutique de la psychanalyse.

Pour résumer, disons qu'il est des mots qui tuent, alors, moi si l'on veut - les héritiers et héritières directs de la déportation n'en ont guère, de “Moi” qui les préoccupe exclusivement -, je ne peux rien à cela et suis blindée par nécessité, mais pas mes proches, privés ou professionnels.

En souhaitant bonne réalisation de ses travaux à la Commission Accoyer, recevez, Madame la Ministre, l'assurance de toute ma considération,

M. W. 

http://www.psychanalyse.et.ideologie.fr/courrier/index.html  [Courrier]

http://www.psychanalyse.et.ideologie.fr/textessiz2.html [Textes Sizaret]

http://www.psychanalyse.et.ideologie.fr/index-text.html [Accueil]

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ψ  [Psi] • LE TEMPS DU NON
cela ne va pas sans dire
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