Psychanalyse et idéologie

Tania Bloom • 2018 Suite Journal ininterrompu

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Il est plus facile d’élever un temple que d’y faire descendre l’objet du culte

Samuel Beckett • L'innommable

Cité en exergue au « Jargon der Eigentlichkeit » par T. W. Adorno • 1964

It is easier to raise a temple than to bring down there the worship object

Samuel Beckett  « The Unspeakable one »

Underlined in « Jargon of the authenticity » by T. W. Adorno • 1964

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Personne n’a le droit de rester silencieux s’il sait que quelque chose de mal se fait quelque part. Ni le sexe ou l’âge, ni la religion ou le parti politique ne peuvent être une excuse.

Nobody has the right to remain quiet if he knows that something of evil is made somewhere. Neither the sex or the age, nor the religion or the political party can be an excuse.

Bertha Pappenheim

point

ψ  = psi grec, résumé de Ps ychanalyse et i déologie. Le NON de ψ [Psi] LE TEMPS DU NON s’adresse à l’idéologie qui, quand elle prend sa source dans l’ignorance délibérée, est l’antonyme de la réflexion, de la raison, de l’intelligence.

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© Tania Bloom

   [Micheline Weinstein]

 

Suite à Journal ininterrompu 1967-2018

 

Ce Journal ininterrompu sera mon testament-témoin. J’ignore encore aujourd’hui si le temps qui m’est compté me permettra de recenser l’ensemble de mes travaux depuis 1967, dont une volumineuse partie figure sur notre site. J’essaierai ici d’en résumer le contenu.*

M. W.

* N. B. Après mon départ pour un autre monde. Saïd Bellakhdar, sans lequel, ni l’association ψ  [Psi] • LE TEMPS DU NON, ses publications-papier, ni son site et ses publications, n’auraient été créés depuis 1989 sous leur forme encore actuelle, a bien voulu accepter de se charger de recueillir l’ensemble de mes travaux et de veiller à leur devenir.

En vrac

 

Extension des post-it • Juin 2016 à 2018

 

 

03 février 2018

 

Au sujet de l’emploi immodéré par les médias, à la hauteur de leur pédantisme, du terme “empathie”, on en trouvera la signifiance exacte en se reportant aux coordonnées suivantes :

Jacques Sédat

« Indifferenz et Einfühlung » dans la pratique analytique, de Freud à nos jours

[« Indifférence et empathie » dans la pratique analytique, de Freud à nos jours]

http://www.psychanalyse.et.ideologie.fr/indif_emp_sedat.html

 

Et aussi, en annexe, ne serait-il pas agréable de remplacer l’usage de l’expression à l’américaine “les gens” [people], par citoyens, électeurs, contemporains, spectateurs, auditeurs, liseurs… … … ?

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Une vieille rengaine

 

Lettre à Laure Trainini, comédienne, secrétaire de l’association

 

Merci, Laure, de m’avoir transmis les documents en réponse à mon message du 01 février 2018 ci-dessous :

 

De : Sitassoc <sitassoc@orange.fr>

Date : jeudi 1er février 2018 12:54

À : Laure Trainini <laureassoc@orange.fr>

Objet : Me G.-F., le culot !

 

Hier soir, tandis que j’étais occupée à relire un chapitre de sa thèse avec une jeune personne, Me G.-F. m’a appelée sur ma ligne fixe à 3 reprises successives [l’annonce sur mon répondeur étant de vous a dû la tromper ou je ne sais quoi].

Et ce, pour me notifier sa cessation d’activité et me demander, avec des “Madame” à tout bout de champ, de venir récupérer à son bureau [Bobigny !] le dossier - énorme, lourd, a-t-elle précisé ! - du site ayant porté sur l’affaire Delcruzel.

Ouf - pour elle - !, j’étais indisponible et n’ai pas décroché !

À la suite de quoi, je lui envoie plus tard un SMS pour lui proposer d’en faire ce qu’elle en veut [avec mes excuses aux éventuels lecteurs pour les coquilles, relevant de mon exaspération de devoir utiliser le téléphone cellulaire] :

 

 

Là-dessus, elle me retourne le suivant :

 

Excédée par la perte de mon temps, je lui réplique :


Et ferme mon portable habitué à gésir en silence.

Étrangement, Me G.-F. n’a pas songé à faire allusion au second dossier que je lui avais confié, autrement plus grave que l’affaire du site. Il concernait alors le litige qui m’opposait au syndic de l’immeuble où je réside, dont quelques de ses responsables activement assistés par la contribution inspirée de locataires et de leurs amis du quartier m’avaient manifesté oralement et par écrit leur intention de me “foutre dehors” [sic], le tout agrémenté de noms d’oiseaux, de graffitis, de menaces, d’actes antisémites à mon endroit et à celui de proches, d’ailleurs non-Juifs. Non seulement Me G.-F. avait laissé s’enliser cette affaire pendant près de 4 ans mais, sans aucune nouvelle, après que je lui eus fait part de mon inquiétude devant la perspective de perdre ce procès, elle s’était subitement désistée du dossier, arguant auprès du bâtonnier d’une incompatibilité de caractère entre elle et moi [?!]. Lequel bâtonnier, consciencieux, m’avait informée en urgence que je devais m’adresser à un autre avocat. Ne manquant pas de lui détailler le cours des choses et ce que je pensais de l’incompétence de Me G.-F., je lui avais aussitôt répondu que c’était déjà fait. En deux mois le procès fut gagné [il est possible d’obtenir les références de l’excellent-e avocat-e qui résolut le pataquès sur simple demande]. Tout en n’ayant pas négligé d’être jusqu’alors confortablement défrayée, loin de Me G.-F. l’idée de reconnaître l’impasse dans laquelle elle avait failli me pousser avec ses conséquences catastrophiques.

Il va de soi que les activités publiques du site, mes travaux personnels, les vôtres Laure, ceux des amis et membres actifs de l’association, la diffusion auprès de ses correspondants, recoupent ces déconvenues.

Ainsi, votre médecin traitant avait assisté en compagnie d’une sienne amie, représentante de Judaïques FM, à une représentation par Le GrandTOU de Kolia, le Vif-Argent, et autres nouvelles d’Anton Tchekhov que j’avais adaptées pour la scène. Elle avait chaleureusement applaudi votre trio [elle ne fut pas la seule], l’assurant de son soutien et de son projet de faire connaître autour d’elle cette belle réalisation. Puis plus rien. Lorsque vous reprîtes un rendez-vous médical personnel avec elle, vous fûtes plus que fraîchement accueillie.

Cette délicate urbanité ne m’a pas vraiment surprise. En effet, Claudine Douillet, webmaster de Judaïques FM, depuis 2004 me traînait publiquement dans sa boue, prodiguant ses médisances par tous les moyens dont elle disposait, dont celui d’un important réseau, portant atteinte à ma et à notre réputation auprès des institutions juives, des attachés divers extérieurs aux “communautés” en charge de la culture et de l’histoire de la déportation, notamment ceux de la Mairie de Paris, et j’en passe.

J’ai alors rédigé un courrier à Judaïques FM et à titre individuel, nommément à d’autres répondants médiatiques d’institutions juives, dans lequel figurait cet extrait : “Nous commençons à être las et surtout écœurés des propos personnels diffamatoires que répand Claudine Douillet depuis 8 ans à notre sujet…”, et invitais ces gens [people] à consulter la page d’Accueil ainsi que l’en-tête de chaque page du site où figure ceci :

 

ψ = psi grec, résumé de Ps ychanalyse et i déologie. Le Non de ψ [Psi] LE TEMPS DU NON s’adresse à l’idéologie qui, quand elle prend sa source dans l’ignorance délibérée, est l’antonyme de la réflexion, de la raison, de l’intelligence.

 

Vous avez simplement changé de médecin traitant. Lorsque vous avez brièvement signifié votre décision à la précédente docteur, elle s’en est étonnée, justifiant l’élégance de son attitude par la survenue récente de “problèmes personnels” [?!].

Et puis un jour de brocante Place des Fêtes, vous croisâtes celle-ci en compagnie d’une autre sienne amie… Me G.-F. !

Laure, je pense que la boucle étant aujourd’hui bouclée sur elle-même, nous parlerons ensemble de la nécessité de faire place nette, c’est-à-dire pour vous de conserver ou non cet amas indigeste d’archives empilées, relatif à ces navrants impedimenta…

À vendredi ici !

W.

 

24-29 janvier 2018 [en cours]


27 janvier 2018

 

Comment Freud et ses plus proches en vinrent à tant aimer Mark Twain…

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Mark Twain

Cette maudite race humaine • 1909

[Posthume, inédit en France jusqu’en 1962 • Actes Sud, janvier 2018, 9.50 €]

 

V • L’animal inférieur

Extraits

[…]

De tout temps, pour les sauvages de toutes les contrées, les tueries contre leurs frères et voisins, et la réduction en esclavage de leurs femmes et de leurs enfants, étaient monnaie courante.

[…]

L’hypocrisie, la jalousie, la malice, la cruauté, la soif de vengeance, la séduction, le viol, le vol, l’escroquerie, l’incendie volontaire, la bigamie, l’adultère, l’oppression et l’humiliation des pauvres et des démunis en tous genres faisaient partie de l’ordinaire, et en font plus ou moins encore partie, autant chez les peuples civilisés que chez les non civilisés.

[…]

Pendant des siècles, “la fraternité entre les hommes” a été encouragée - le dimanche. Et “le patriotisme” tous les jours de la semaine. Mais le patriotisme envisage l’inverse même de la fraternité.

[…]

L’égalité entre les hommes et les femmes n’a jamais été reconnue par aucun peuple, ancien ou moderne, civilisé ou sauvage.

[…]

J’ai étudié les traits caractéristiques des animaux prétendument “inférieurs” et je les ai comparés à ceux de l’homme. Le résultat est pour moi humiliant. Car il m’oblige à renoncer à mon allégeance à la théorie darwinienne* qui soutient l’ascendant de l’homme sur les animaux inférieurs ; en effet, il me paraît désormais évident que l’on doit abandonner cette théorie en faveur d’une nouvelle, plus vraie ; laquelle devrait être appelée la descendance de l’homme des animaux supérieurs.

 

* Twain joue avec le titre de l’ouvrage de Darwin La Descendance de l’homme et la Sélection sexuelle (The Descent of Man, and the Selection in Relation to Sex, 1874).

 

[…]

Pour en venir à cette déplaisante conclusion, je n’ai pas eu recours à des devinettes, des spéculations ou des conjectures, mais j’ai fait usage de ce qui est communément appelé la méthode scientifique. C’est-à-dire que j’ai soumis chaque postulat qui s’est présenté à l’examen décisif de l’expérience et, selon le résultat, je l’ai adopté ou rejeté. Ainsi j’ai vérifié et étayé ma démarche pas à pas, chaque étape à son tour, avant de passer à la suivante. Ces expériences ont été conduites dans les jardins zoologiques de Londres et m’ont coûté plusieurs mois d’un travail méticuleux et fatigant.

[…]

J’avais conscience que bien des hommes ayant amassé plus de millions qu’ils ne pourraient jamais en dépenser montraient un appétit féroce pour plus d’argent encore et n’avaient aucun scrupule à tromper les ignorants et les démunis en piochant dans leurs maigres rations pour assouvir un peu cette faim. J’ai procuré à une centaine d’espèces d’animaux sauvages et domestiqués la possibilité d’accumuler des réserves de nourriture, mais aucune d’entre elles ne l’a fait. Les écureuils, les abeilles et certains oiseaux ont fait des réserves, mais ils se sont arrêtés lorsqu’ils ont réuni leurs provisions pour l’hiver et n’ont pu être persuadés d’en rajouter, ni ouvertement, ni par ruse. Pour soutenir leur réputation mal assurée, les fourmis prétendaient faire des réserves, mais je n’ai pas été dupe. Je connais bien la fourmi. Ces expériences m’ont convaincu qu’entre l’homme et les animaux supérieurs il y a une différence : lui est avare et pingre, eux ne le sont pas.

[…]

Mes expériences m’ont persuadé que parmi les animaux, l’homme est le seul qui ravale insultes et injures, qui les couve, qui guette une occasion et prend sa revanche. La passion de la revanche est inconnue des animaux supérieurs.

[…]

Les coqs ont leurs harems, mais avec le consentement de leurs concubines ; il n’y a donc aucun mal à cela. Les hommes ont leurs harems, mais imposés par la force, privilégiés qu’ils sont par des lois atroces établies sans la moindre concertation avec l’autre sexe. En l’espèce, l’homme occupe une place largement inférieure à celle du coq.

[…]

L’indécence, la vulgarité, l’obscénité sont l’apanage de l’homme ; il les a inventées. Chez les animaux supérieurs, on n’en trouve aucune trace. Ils ne cachent rien, n’ont honte de rien. L’homme, avec son esprit souillé, se cache. […] L’homme est “l’animal qui rit”. Mais les singes en font de même, ainsi que l’a montré M. Darwin ; tout comme le martin-pêcheur géant de la Nouvelle-Guinée**. Non, l’homme est un animal qui rougit. C’est le seul animal qui fasse cela ou qui ait des raisons de le faire.

 

** En anglais, l’oiseau est appelé le laughingjackass ou laughing kookaburra.

 

[…]

[…] ; au temps de Christophe Colomb, [l’homme] s’empare d’une famille de juifs espagnols et… mais cela, on ne peut pas le publier ; […] De tous les animaux, l’homme est le seul à être cruel. Il est le seul à infliger de la douleur pour le plaisir. C’est un trait que l’on ne rencontre pas chez les animaux supérieurs.

[…] L’homme est le seul animal à recourir à la plus atroce des atrocités : la guerre. Il est le seul à rassembler ses frères autour de lui et, de sang froid et le cœur tranquille, à monter au front pour exterminer son espèce. Il est le seul animal qui pour un salaire misérable partira d’un pas décidé, comme l’ont fait les Hessois pendant notre révolution et comme l’a fait le jeune prince Napoléon*** pendant la guerre contre les Zoulous pour aider à massacrer des étrangers de sa propre espèce qui ne lui ont fait aucun mal et auxquels rien ne l’oppose.

L’homme est le seul animal qui dérobe à son semblable sans défense son pays, en prend possession et l’en expulse ou le détruit. L’homme fait cela depuis la nuit des temps. Il n’y a pas un arpent de terre sur le globe qui soit en possession de son propriétaire légitime, ou que son propriétaire n’ait arraché des mains du précédent, de façon récurrente par la force et le sang.

 

*** Prince impérial, fils de Napoléon III.

 

[…]

Les chats ont des mœurs relâchées, mais pas de manière consciente. L’homme, descendant du chat, s’est emparé du relâchement de celui-ci mais a oublié l’inconscient, cette grâce qui excuse le chat.

[…]

L’homme est le seul esclave. Et il est le seul animal qui réduise en esclavage. Il a toujours été un esclave d’une manière ou d’une autre, et a toujours asservi d’autres esclaves d’une manière ou d’une autre. De nos jours, il est encore l’esclave de quelqu’un moyennant salaire, et fait le travail de cet homme ; et cet esclave a d’autres esclaves à son service pour un salaire plus bas et ils font son travail. Les animaux supérieurs sont les seuls qui ne font que leur propre travail et qui satisfont leurs propres besoins.

L’homme est le seul patriote. Il se retranche dans son propre pays, sous son drapeau, et regarde de haut les autres nations, et entretient sur pied une multitude d’assassins en uniforme, à prix d’or pour croquer quelques morceaux des pays voisins et empêcher les autres de lui en croquer. Entre deux campagnes, il se lave le sang des mains et œuvre pour “la fraternité universelle entre les hommes” - selon ses dires.

L’homme est l’animal religieux. Il est le seul animal religieux. Il est le seul animal à détenir la vraie religion, même plusieurs. Il est le seul animal qui aime son prochain comme lui-même et qui lui tranche la gorge si sa théologie n’est pas correcte. Il a fait du monde un cimetière en voulant œuvrer de son mieux pour adoucir le chemin de son frère vers le bonheur et vers le ciel. Il s’y est employé à l’époque des César, à celle de Mahomet, à l’époque de l’Inquisition, il s’y est employé en France pendant plusieurs siècles, en Angleterre à l’époque de Marie Tudor, il n’a jamais cessé depuis qu’il a vu le jour, il s’y emploie aujourd’hui en Crète […], il s’y emploiera ailleurs demain. Les animaux supérieurs n’ont pas de religion. Et on nous dit qu’ils ne seront pas admis dans l’au-delà. Je me demande pourquoi. Une faute de goût, semble-t-il ?

L’homme est l’animal raisonnable. Voilà ce que l’on affirme. Je pense que le débat reste ouvert. En effet, mes expériences me prouvent qu’il est l’animal déraisonnable. […] Son histoire est l’histoire d’un maniaque. Je considère que la meilleure preuve à charge contre son intelligence est qu’avec un tel passif l’homme n’hésite pas à se considérer comme l’animal en tête de peloton, alors même que selon ses propres critères, il est tout à fait en queue.

En vérité, l’homme est d’une bêtise incurable. Il est incapable d’apprendre des choses simples que les autres animaux apprennent.

[…]

Force est de constater qu’en matière de noblesse de caractère, l’homme ne peut prétendre arriver à la cheville du plus vil animal supérieur. À l’évidence, sa constitution ne lui permet pas d’approcher cette altitude ; elle l’afflige d’un défaut qui lui rend une telle conquête à jamais impossible puisque ce défaut est manifestement chez lui immuable, indestructible, invincible.

Ce défaut dont je parle est le sens moral. Il est le seul animal à en être doté. C’est le secret de sa déchéance. C’est la qualité qui lui permet de faire le mal. Le sens moral n’a pas d’autre rôle. Il ne peut remplir aucune autre fonction. Il n’a pu être destiné à quoi que ce soit d’autre. Sans lui, l’homme ne pourrait rien faire de mal. Il s’élèverait brus­quement au niveau des animaux supérieurs.

Comme le sens moral n’a que cette seule fonction, cette capacité unique - donner à l’homme la possibilité de faire le mal -, il est absolument sans valeur pour lui, il a aussi peu de valeur que la maladie. De fait, il est une maladie. La rage est mauvaise, mais elle ne l’est pas autant que cette maladie-là. La rage permet à l’homme de faire ce qu’il ne pourrait faire en bonne santé : tuer son prochain d’une morsure venimeuse. La rage ne fait de personne un homme meilleur. Le sens moral permet à l’homme de faire le mal. Il lui permet de faire le mal de mille façons. La rage est une maladie bénigne comparée au sens moral. Le sens moral ne fait donc de personne un homme meilleur, Finalement, quelle aura été la malédiction première ? Ce qu’elle a été depuis l’origine : l’imposition à l’homme du sens moral ; sa capacité à distinguer le bien du mal ; et avec elle, nécessairement, sa capacité à faire le mal ; puisqu’il ne peut y avoir de mauvaise action sans la conscience du mal chez celui qui la commet. Le mal permet de faire le mal de mille façons. La rage est une maladie bénigne comparée au sens moral. Le sens moral ne fait donc de personne un homme meilleur. Finalement, quelle aura été la malédiction première ? Ce qu’elle a été depuis l’origine : l’imposition à l’homme du sens moral ; sa capacité à distinguer le bien du mal ; et avec elle, nécessairement, sa capacité à faire le mal ; puisqu’il ne peut y avoir de mauvaise action sans la conscience du mal chez celui qui la commet.

Ainsi, j’en conclus que nous sommes descendus et avons dégénéré depuis quelque ancêtre lointain - quelque atome microscopique baguenaudant, qui sait, sur la gigantesque surface d’une goutte d’eau -, cascadant d’insecte en insecte, d’animal en animal, de reptile en reptile, ou le long de la grand-route de la pure innocence, jusqu’à atteindre le fin fond de l’évolution, que l’on nommera l’être humain. Plus bas que nous, rien.

[…]

L’homme semble n’être qu’une pauvre chose un peu bancale, par quelque bout que vous le preniez ; une sorte de British Museum des tares et des infirmités.

[…]

Pour le style, regardez le tigre du Bengale : cet idéal de grâce, de beauté, de perfection physique, de majesté. Et ensuite regardez l’homme : cette pauvre chose. Il est l’animal de la perruque, du crâne trépané, du cornet acoustique, de l’œil de verre, du nez en carton, des dents en porcelaine, de la trachée en argent, de la jambe de bois : une créature raccommodée et rafistolée de partout, de la tête aux pieds. S’il ne lui est pas fourni un réassort de son bric-à-brac dans l’autre monde, de quoi aura-t-il l’air ?

Il n’a qu’une supériorité éclatante. Dans le domaine de l’intellect, il règne. Les animaux supérieurs ne peuvent pas l’atteindre à cet endroit-là. Il est singulier, il est remarquable que jamais ne lui fut promis de ciel où il eût pu jouir de cette seule et unique supériorité. Même quand il a lui-même imaginé un ciel, il n’y a jamais mis de provisions pour des joies intellectuelles. C’est une omission frappante. Cela semble tacitement confesser que les cieux ne sont destinés qu’aux animaux supérieurs. Voilà qui donne à penser, à penser sérieusement. Et nous suggère une bien sombre hypothèse : nous ne sommes pas aussi importants, peut-être, que nous n’avons cessé de le supposer.

 

20 janvier 2018

 

Prélude

 

Je ne vais pas m’étendre sur le fait qu’exégètes, épistémologues, idéologues, philosophes, philologues, linguistes s’exercent à une lecture qui recouperait Freud ; tentative de récupération qui définit très exactement ce que les psychanalystes souhaitent préserver, c’est-à-dire une position d’extraterritorialité. Reste l’étranger, pas forcément celui de Camus, mais peut-être celui dont parlaient Aristote et Socrate. Un autre étranger qui nous vient de fort loin et dont l’analyste a à soutenir la position, en un temps d’inflation des lectures, des écritures, des psychothérapies, de la médicalisation de la psychanalyse et de la psychanalysation de la médecine à travers cette interrogation que pose toujours la psychiatrie. Chacun y trouve son compte, mais au crédit ou au débit, on ne le sait pas, et, d’une certaine façon, ça continue de nous poser question, voire de soulever notre inquiétude et même notre angoisse à chacun ou à tous, dans la morosité, le suicide parfois ou, au contraire, dans la surcompensation des choses ; rions-en... et gardons de l’humour !

Ceux qui ne sont pas psychanalystes, je les ai appelés dans un séminaire, il y a deux ou trois ans, des Efnarques, - c’est-à-dire des Épistémologues Freudiens non Analystes -, ceux en somme qui parlent le mieux de Freud parce qu’ils peuvent l’articuler à Marx, Nietzsche, Socrate, etc. Rien à voir avec la discipline clinique de l’analyste qui travaille en secteur, en dispensaire ou dans son cabinet sur le plan et dans le champ de la tradition libérale de la médecine du temps de Freud. Rien à voir avec les questions qui se posent aux psychanalystes in situ, hic et nunc, à chaque séance, à partir d’un contrat qui définit la méthodologie freudienne, telle que Freud l’a inventée, et non pas telle que nous allons la réinventer ; on ne peut jamais réinventer. Freud l’ayant élaborée, trouvée, expérimentée, écrite, décrite, soutenue à sa façon, et à sa seule façon (voir la bande dessinée pleine d’humour dont je parlais tout à l’heure, qui souffle un peu d’air frais dans le mauvais freudisme orthodoxe), il ne s’agit pas de réinventer la psychanalyse, mais de savoir que la tâche du psychanalyste, après Freud, est de supporter d’être chaque fois réinventé par tel ou tel sujet, telle ou telle demande, tel homme, telle femme, telle névrose, telle perversion, telle psychose. Autrement dit, lui qui a pu lire les livres, avoir une formation analytique, une analyse dite didactique, lui qui a pu se servir de son analyse didactique pour éventuellement régler ou ne pas régler les problèmes économiques de sa libido, comment va-t-il se faire réinventer comme analyste par la demande qui viendra l’interroger, le concerner, voire le cerner au niveau de son non-savoir ?

 

François Perrier

Le Mont Saint-Michel

Naissance d’une perversion

Éditions Arcanes, Paris, 1994

[Publié post-mortem F. P. par Jacques Sédat]

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Samedi dernier, ce samedi, je n’eus pas le loisir d’écouter jusqu’à sa fin Répliques, l’émission produite par Alain Finkielkraut sur France Culture. En cours d’émission, j’ai coupé la radio.

Dans quel dessein Alain Finkielkraut a-t-il invité Michel Serres ce matin ?

Cet éminent penseur, s’identifiant à un nouveau Cervantes, un nouveau Montaigne, un nouveau Rabelais des temps actuels, estimant au passage certains de ses propres ouvrages “puissants”, auxquels il comparait à l’horizontale, en comptable, la subversion inédite que lui-même crée grâce à l’évolution des sciences et des outils techniques, plus particulièrement dans l’éducation et sa transmission ? Pourtant, il semblerait qu’une partie non négligeable du monde pensant et parlant se dise en nos temps consternée par leurs effets délétères et s’interroge sur la production de trois générations d’ignorants involontaires connectés ?

 

Quel bénéfice réel de leur analyse en retirent les êtres de tous âges, auprès d’un vaste courant de psychanalystes, censés dans leur pratique les aider, en toute autonomie individuelle de penser et d’agir, à prendre conscience des symptômes qui plombent leur pernicieux mal-être, à le neutraliser, lesquels conditionnent leurs pensées et leurs agissements, voire leur retrait total du monde extérieur, parasitent leurs relations à l’autre (avec un petit “a” pour commencer).

Comment se fait-il qu’il ne soit pas venu à l’esprit du psychanalyste de Woody Allen (pour exemple), lequel répand à coup de “bons mots” son éloge depuis cinquante ans, d’engager ce dernier à réfléchir au concept psychanalytique de sublimation des pulsions, ici pédophiles ? Ou, si impossible de le lui faire entendre, au su de ses actes répétitifs, lui déclarer honnêtement que la poursuite de sa psychanalyse y était incompatible et devait s’arrêter là.

De même, pour les conjoints psychanalystes, l’entourage proche et autres amateurs du savoir, comment leur bienveillante attention n’a-t-elle pas songé à alerter leurs maris, femmes, amis, auteurs et acteurs de conduites délictueuses ancrées, compulsives, sur leur antagonisme avec le recours à une psychanalyse individuelle ou/et leurs discours sur la psychanalyse ?

 

11-15 janvier 2018

Actualité

 

Souvent, par intermittence, me fredonne en tête ce gospel :

 

Go down, Moses…

Paroles [anglais-français], chant par Louis Armstrong

 https://www.lacoccinelle.net/268848.html

 

C’était mieux avant…, etc.” : je n’aime pas la condescendance de certains  intellectuels qui ont accueilli cette ritournelle.

Elle est souvent une façon populaire de se plaindre. Oui, c’était mieux avant, mais quand ? Avec un minimum d’écoute de cette plainte, il suffirait de le demander à celles et ceux qui l’énoncent.

Et si l’on consentait à remplacer les qualifications irréfléchies de réac., tradi., rétrograde… par rétrospectives ?

 

Georges Ralli conclut Céline : Sein Kampf, écrit en avril [sic] 1989 ainsi :

 

Quand même, cette canonisation est en cours. Ces dernières années, d’innombrables écrits célèbrent les mérites de “la grande victime”. Suprême consécration, Céline est admis dans le “Paradis de la Pléiade”. Et aujourd’hui, critiques, écrivains, dessinateurs, chantent en chœur : GLORIA IN EXCELSIS CELIO !*

 

* Celio : aveugle.

 

http://www.psychanalyse.et.ideologie.fr/celineralli.html

 

Publication des écrits antisémites de Céline : avec la foultitude pulsionnelle débridée des éructations antisémites qui circulent sur les réseaux sociaux, je ne vois pas en quoi elle devrait être censurée. Pour peu que l’on estime la capacité mentale de vigilants représentatifs à autopsier l’idéologie, voire la pathologie du clivage d’un auteur entre son œuvre et ses actes, quelle serait la nécessité pédagogique de la commenter ? Les vocables, les discours, les actes, parlent d’eux-mêmes. En annexe : Gallimard pourrait-il envisager une édition intégrale des œuvres de Céline omettant ces écrits en leur temps publiés ?

Lu quelques félicitations pour la (re-)publication que j’estimais urgente de ce texte de Georges Ralli. Parmi ces courriers figuraient des abonnés depuis 1989, lesquels l’avaient reçu alors en format cahier-papier [n° 2], intitulé Entre l’avant et l’après, dont voici le sommaire :

 

Micheline Weinstein • Cinquante ans après

Martine Dreyfus • Entre l’Avant et l’Après

Georges Ralli • Céline, Sein Kampf

Juin 1989

Ils ne l’avaient donc pas lu.

Et toujours pas jusqu’en 2018. Il en est manifestement de même depuis des lunes chez les fervents intellectuels germanopratins (style littéraire, pour aller vite, de la revue L’Infini), dont quelques Juifs, de la lecture de nos publications sur les idéologies délétères, qui témoignent de leur incidence sur les esprits, les pratiques privées et professionnelles, propagées par Heidegger, Céline, Lacan et autres sommités de la littérature… 

Question récurrente : d’un point de vue éthique, qu’en est-il, depuis près d’un demi-siècle, de la responsabilité due à la transmission que l’immensurable courant de penseurs lacanisés et en tout premier lieu de psychanalystes - pour acquitter leur dette envers Freud - qui auraient, plutôt que de se faire élire au nom de la psychanalyse* dans les médias selon la coutume de journalistes, de philosophes, d’écrivains, leurs théories, en regard de leurs pratiques professionnelles, de leur idéologie, ne serait-ce qu’ébauché une mise en garde, une prise de position, quand bien même eurent-elles été illusoires, aspirant à essayer d’endiguer le démantèlement que nous connaissons du sens et de la valeur de la transmission, concept remplacé par l’impropre “devoir de mémoire”, dans tous les domaines ?

 

* Le nom de psychanalyse et son promoteur furent tant foulés que l’on n’emploie plus l’expression “psychologie de comptoir”, telle un médicament procuré sans ordonnance, mais “psychanalyse de…”. La pédance authentifierait-elle les clichés ?

 

Le magazine Causeur. En 2013, j’avais été intriguée par son chapeau : Surtout si vous n’êtes pas d’accord ! Il m’avait paru démocratique. Récemment, j’ai adressé via Causeur un courrier à l’intention d’Alain Finkielkraut, lequel avait été l’objet de réactions violentes à propos de sa mention (non-)“sous-chiens” dans son hommage à Johnny Hallyday. Pour éviter les baroufs indigestes, je l’y invitais une prochaine fois à ne pas omettre de citer ses sources, en l’occurrence le nom de l’auteur et les circonstances de cette locution vomitoire.

Réponse : néant.

Je sais mon penchant pédagogique. Fut-ce indifférence, condescendance ? N’étant pas actionnaire de Causeur, ma parole n’a sans doute pas sa place dans ce gotha.

Autre barouf : à propos des atteintes au corps donc à leur grave retentissement sur la psyché. L’entre-soi d’astres de toutes extraces, de par leurs privilèges à l’abri des agressions sexuelles, s’est élevé devant la quasi insurrection légitime des plébéiennes, fut toisé et globalisé sous l’appellation de “féministe” (oui, “metoo”, non, “balance…”), notamment par Finkielkraut. Et ce, dans un alarmant embrouillamini sémantique, où les prédateurs qui devraient tomber sous le coup de la loi, par défaut de clarté d’analyse et de style rédactionnel, ont fini dans nombre d’esprits par s’amalgamer aux pince-fesses mondains de tous les pays “unissez-vous”.

Du côté des saltimbanques nés dans la plèbe, j’ai repensé à Patrick Dewaere, à Marilyn Monroe, qui servit d’objet d’abattage sexuel où se rejoignirent Hollywood, les politiques, la mafia de la génération Kennedy. Et me suis demandé pourquoi la France rechignait à balayer devant sa porte (à ma charge : je n’utilise pas les réseaux sociaux).

Or, heureuse surprise, Charline Vanhoenacker y a pourvu sur France Inter. Sa parodie est désopilante :

 

VIDEO. “Faites pas vos mijaurées, réhabilitons DSK !” :

Charline Vanhoenacker répond à Élisabeth Lévy sur France Inter  

Alors qu’une tribune parue dans Le Monde a défendu, mercredi, la “liberté d’être importunée”, Charline Vanhoenacker, dans sa chronique quotidienne sur France Inter, a entendu y répondre en prenant les atours de l’une de ses signataires, Élisabeth Lévy, rédactrice en chef de Causeur, dans une imitation hilarante, rouge à lèvres barbouillé en sus.

https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-charline-vanhoenacker/le-billet-de-charline-vanhoenacker-11-janvier-2018

 

Alain Finkielkraut est un vif défenseur de la virile galanterie, de même que de la séduction, qu’il semblerait confondre avec salacité, mais j’ai renoncé à essayer de le contacter via Causeur ou RCJ. Aussi, selon mon irrépressible marotte, je suis allée consulter le CNRTL. En voici quelques définitions choisies :

 

Galanterie

 

• Art de plaire en société, par une allure élégante, une politesse raffinée, des procédés obligeants, etc.

 

• Disposition à se montrer courtois envers les femmes, à les traiter avec déférence, à les entourer d’hommages respectueux, d’aimables prévenances.

 

• Procédé, présent, propos qui dénote une certaine élégance, obligeance, etc., et où se marque l’intention d’être agréable.

 

• [À propos d’un mode d’expr. littér. ou artistique] Caractère d’une œuvre qui traite avec grâce de sujets amoureux.

 

• Au sing., péjoratif. [À propos de femmes uniquement] Prostitution pratiquée dans des milieux généralement élégants ; p. méton., monde des courtisanes et des prostituées.

 

Séduction. Dans mes traductions, particulièrement celle de sa théorie de la séduction et son supposé abandon* par Freud, ainsi que dans mes travaux personnels, j’ai chaque fois veillé à traduire séduction [Verführung, également : détournement de mineur] par abus.

 

* Cf. Abandon par Freud dans sa lettre à Fliess du 21 septembre 1897, de sa Neurotica : fable des tous débuts, destinée à ne pas affaiblir publiquement le crédit envers la psychanalyse naissante, non plus que d’incommoder à la fois une possible patientèle combourgeoise et les notables des académies des sciences, dont certains membres illustres n’hésitaient pas à le qualifier de pornographe (juif ?). Des psychanalystes auraient-ils fait montre d’une négligence de lecture des textes freudiens, dont celle de L’Homme aux Loups n’est qu’un exemple ? Précaution publique de la part de Freud, qui valut à Ferenczi, par le monde psychanalytique de l’époque, un vigoureux rejet de ses observations sur la fréquence indéniable des abus sexuels dans tous les milieux.

 

Pour une meilleure approche de l’évolution et des conséquences toujours traumatiques des abus sexuels, se reporter à :

 

http://psycha.ru/fr/dictionnaires/laplanche_et_pontalis/voc284.html

 

Mozart. Proximité sublime entre musique sacrée et musique profane. Ce qu’en effet, nous nommons sublimation

T. B.

 

28 décembre 2017- 02 janvier 2018

 

 

De mon seul point de vue…

 

De mon point de vue, c’est-à-dire de par mon héritage culturel et pour aller au plus bref, la déconstruction audible de la pensée a commencé dans “les fameuses années vingt” (Adorno) du XXe siècle, en Allemagne par la musique dodécaphonique*, en France par l’ombrageux surréalisme, concurrent du Dada de langue d’origine allemande. À l’exception de Salvador Dali, non français, auto-déclaré, conscient d’être un génie international, le seul surréaliste digne de représenter cette appellation.

L’écriture musicale devint horizontale, suivie par l’abandon en peinture de la troisième dimension, celle de la profondeur.

 

* Le 18 février 1923, Arthur Schnitzler écrit à Olga Schnitzler, au retour de l’audition chez Alma Mahler du Pierrot lunaire de Schönberg, que cette œuvre lui a inspiré un franc malaise, entremêlé d’une froide admiration. Esprit, saillies, bizarrerie - mais point d’âme.

Sur le climat à Vienne, dans son Journal, le 7 février de la même année : … propos sur les affiches à pogrome des nationaux-socialistes. Sur l’antisémitisme en général. Je le nomme trouvaille que la bassesse humaine n’avait jamais connue [N. B. = dans la Vienne de François-Joseph].

Schnitzler et Freud s’étaient, à l’initiative de Freud, rencontrés en 1922 et, outre la correspondance qui s’ensuivit, se croisèrent quelquefois au cours de différentes manifestations de la vie culturelle animée par la bourgeoisie juive viennoise. Sur ce qui les différenciait (théorie du rêve, Dora…, La Ronde, l’écriture de la psychanalyse et l’écriture littéraire, … … …), lire l’étude de fond de Michel Schneider, Lu et entendu : Freud, James, Nabokov, Pessoa, Proust, Rancé, Schnitzler, PUF, 2013. Sur les diagrammes de Schnitzler et les mathèmes de Lacan, cf. éventuellement Chapitre I de mes Travaux 1967-1997.

Par ailleurs, 10 ans avant que Stekel fût exclu en 1933 à la fois du Parti communiste allemand et de la Société psychanalytique de Vienne, Schnitzler, inflexible, le qualifiait d’“escroc”.

 

Au surréalisme, s’opposèrent avec moins de succès mondain, toutefois tenus en grande estime par leurs pairs éminents, des écrivains, des artistes au savoir mathématique, littéraire, musical, pictural, les pataphysiciens, les oulipiens…

Du côté de la psychanalyse, après la Deuxième Guerre mondiale, de plus ou moins jeunes candidats psychanalystes, à la différence de l’Angleterre et de l’Allemagne, fascinés tout en le dénigrant par le « Way of life » américain - et possiblement par inclination pour l’argent, le « Roi dollar » de Freud -, désertèrent en masse le respectable Institut de formation à la psychanalyse de la rue Saint-Jacques à Paris, considéré avec hauteur comme démodé, pour se précipiter dans la nouvelle École de Lacan, lequel ne demandait rien si ce n’est mobiliser des recrues de préférence susceptibles d’assurer sa renommée, pour établir sa prééminence cosmique sur la théorie psychanalytique, l’usage thérapeutique ne l’intéressant pas.

Les déportés juifs revenus des camps et les rescapés de tous âges, psychanalystes confirmés, demeurèrent fidèles à l’Institut.

Seule à ma connaissance parmi cette génération de psychanalystes, Anne-Lise Stern se rallia à ce qui devint un vaste corps, que pour ma part je comparais à « La Grande Muette » ou au choix à « l’Église de scientologie ».

Sinon le fait d’être Juive, femme non mariée et sans enfant, psychanalyste, en héritière directe sauvée bébé du désastre, notamment de la rafle du Vel’ d’Hiv’, Pupille de la Nation, je n’eus rien en commun avec Anne-Lise Stern. Je l’aimais pourtant, comme j’aimais sans distinction avec un quasi recueillement celles et ceux dont la vie au retour des camps de la mort incarnait le miracle. Ses traits lumineux de génie me coupaient le souffle. Hélas, restée encore niaisement crédule lors de nos premières rencontres, je ne comprenais pas pourquoi elle était interdite par les siens de parole psychanalytique publique, censurée et abondamment plagiée, ce dont elle se plaignait, bien que son adoration pour Lacan persistât et, comme font les enfants, s’étant identifiée aux principes occultes de son parti, elle rompit à la longue ouvertement notre amitié.

Contre quoi, le temps faisant son œuvre, patiemment la psychanalyse, qui est à mon sens une éthique, m’apprit à déchiffrer les palimpsestes.

Dans la pratique des institutions lacaniennes, l’analyse du rêve, celle de la sexualité, son influence décisive sur la structuration ultérieure du psychisme, disparurent. Séances ultra-courtes, calembours intitulés “mots d’esprit”, persiflages, allégeance servile à l’enseignement du Maître, les cabinets d’analystes avec leurs divans, fauteuils, chaises éjectables, devinrent des bureaux de renseignements à sa seule gloire.

La résistance liminaire à la psychanalyse, dont l’originalité consiste en un travail de fond partagé à juste équité entre l’analyste et l’analysant-e à la découverte, de et par chacun de sa vérité*, toujours inachevée, toujours à advenir, continue de demeurer et de se manifester, imperturbable comme au temps de Freud, précisément par une tenace résistance à la psychanalyse.

 

* Vérité, cf. ci-dessous dans ce journal, passage entier de Trois poètes de leur vie par Stefan Zweig : Exiger d’un être humain la véracité absolue dans son autoportrait - et de façon générale - n’aurait pas plus de sens que d’en appeler à la justice, à la liberté et à la perfection absolues en ce bas-monde.

 

Les héritiers directs de la déportation furent et sont encore, au prétexte de traumas, mis en tas, considérés en malades à vie*, sans que ces gens, dans leur grande mansuétude, ne s’intéressent à la biographie* de chacun-e dont aucune, singulière au-delà des analogies invariantes, n’équivaut à une autre. Y compris celle de qui avait procédé à une psychanalyse freudienne approfondie, et quelquefois, était devenu-e psychanalyste. L’une de mes analystes, célèbre lacanienne, lorsqu’à la première séance je lui fis part de ce qui m’amenait, par ces mots me laissa coite : “Je sais, je suis au courant.”

Mon point de vue sur l’utilisation médiatique de la déportation des Juifs par nombre de ces gens qui se réclament de son héritage, figure depuis 50 ans par intermittence dans mes travaux.

 

* Les orphelins de Juifs d’origine étrangère assassinés, nés pendant la guerre, furent dépossédés de toute espèce de racines, d’identifications à un sol, à une langue, à une culture, qu’il leur fallut adopter et assimiler pour pouvoir s’inventer et vivre normalement.

 

31 décembre 2017, suite de la lettre à Jean-Luc Mélanchon

 

Comme je l’ai écrit, la politique ne m’intéresse plus, je suis trop près de l’étape ultime pour essayer de me contrefaire et me conformer au style employée d’une entreprise américaine.

Puisque c’était mieux avant déplaît aux néo-modernistes, je souhaiterais entendre ce qui est mieux maintenant après que l’éducation des enfants dès le bas âge fut consciencieusement, durablement détruite, alors qu’elle est au fondement de la structuration psychique et citoyenne, de l’élaboration de la pensée, plus tard du libre choix d’avenir. Après qu’in utero déjà, les enfants naissent amputés de la perception du mot inconscient, donc de la chose même, de la soif naturelle de savoir. Espérons.

À la limite de l’infatuation fut d’emblée la référence initiale saugrenue à Jupiter, laquelle ne semble pas gêner grand monde tant il s’empresse de comparer à Bonaparte le président de la République, fantasme par un jeune homme qui n’a pas encore fait ses preuves d’une identification au Général de Gaulle, voire à la Royauté - mon peuple, Je veux… ! - et à d’autres personnalités de stature. Mais soyons magnanimes, revenons à Clemenceau :

 

Tout le monde peut faire des erreurs et les imputer à autrui : c’est faire de la politique.

 

• De la trivialité : envoi d’une pub à la TV pour l’exposition Monet Collectionneur au Musée Marmottan, inféodé semblerait-il à l’heure des communicants : Moi Claude Monet…, etc. ! Imagine-t-on Claude Monet qui n’a fait que regarder ce que [lui a] montré l’univers, déclarer Moi Claude Monet ? De même que son affectueux ami, Georges Clemenceau - Moi Clemenceau ! -, qui n’était certes pas un praticien du Moi, excepté l’une des rares fois, en minuscule, non en apposition - autrement dit étisie du Je, sujet : Pour mes obsèques, je ne veux que le strict nécessaire, c’est-à-dire moi. Il est difficile de résister à une autre pointe de Clemenceau : La vanité humaine est si grande que le plus ignorant croit avoir besoin d’idées.

 

• Locuteurs médiatiques communicants (comme des vases ?) de toutes professions, principalement journalistiques, mais aussi bien émanant de certains professeurs éminents, conférenciers invités du Collège de France, ayant pris des cours, non pas de rhétorique, mais d’expression orale, lesquels nous assènent en force un accent tonique sur la première syllabe de chaque mot. Serait-ce pour nous convaincre et si oui, de quoi ?

 

• À puritain, aujourd’hui lancé avec mépris par les dites “élites” (j’opterais plutôt pour les “élu-es”), qui classe “celles et ceux” (!) ne pensant et ne parlant pas comme l’entre-soi des coteries de bourgeois popotes tout de même plutôt nantis (cf. chansons de Brel et de Brassens), je préfèrerais compassé, rigoriste, qui me semblent plus justes en ce qu’ils s’adressent au commun des mortels, sans être connotés aux protestants ou, selon Simone de Beauvoir dans Les Mandarins, aux gens de gauche :

 

Vous êtes tous les deux des puritains, comme tous les gens de gauche, dit Volange en se tournant vers Henri ; le luxe vous choque, parce que vous ne supportez pas d’avoir mauvaise conscience.

 

En quoi l’idéologie sectaire de ces zélites se distingue-t-elle de celle des Quakers-et-Quakeresses, sinon sur un point sensible, l’austérité des mœurs que l’on ne saurait leur attribuer ? La philanthropie, leur pacifisme, leur charité - laquelle consent à faire “des gestes” en faveur des “démunis”, des pauvres, des migrants et j’en passe, mais pas des Juifs -, leur indulgence hypocrite, étant dérivés sans qu’ils songent à l’admettre des préceptes des Ancien et Nouveau testaments…

 

 

1er janvier 2018

 

 

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