Psychanalyse et idéologie

Psi . le temps du non

Estelle Abbou

« Je n'ai que de la peine. Une immense peine »

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Il est plus facile d'élever un temple que d'y faire descendre l'objet du culte

Samuel Beckett • « L'Innommable » 

Cité en exergue au « Jargon der Eigentlichkeit » par T. W. Adorno • 1964

It is easier to raise a temple than to bring down there the worship object

Samuel Beckett “The Uspeakable one”

Underlined in « Jargon of the authenticity » by T. W. Adorno • 1964

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Personne n'a le droit de rester silencieux s'il sait que quelque chose de mal se fait quelque part. Ni le sexe ou l'âge, ni la religion ou le parti politique ne peuvent être une excuse.  

Nobody has the right to remain quiet if he knows that something of evil is made somewhere. Neither the sex or the age, nor the religion or the political party can be an excuse.

Bertha Pappenheim

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L'association ψ [Psi] LE TEMPS DU NON a pour but de favoriser la réflexion pluridisciplinaire par les différents moyens existant, la publication et la diffusion de matériaux écrits, graphiques, sonores, textes originaux, œuvres d'art, archives inédites, sur les thèmes en relation à la psychanalyse, l'histoire et l'idéologie.
ψ  = psi grec, résumé de Ps ychanalyse et i déologie. Le NON de ψ [Psi] LE TEMPS DU NON s'adresse à l'idéologie qui, quand elle prend sa source dans l'ignorance délibérée, est l'antonyme de la réflexion, de la raison, de l'intelligence.

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© Estelle Abbou  / Juillet 2014

« Je n’ai que de la peine. Une immense peine »

 

 “Sale juive”. Le voilà... Je m’y attendais en même temps. Peut être parce que je discutais non loin des Champs-Élysées, avec des amies de passage à Paris, brunes, typées, aux nez aquilins ? Ou peut-être parce que mon père est né à Oran et que j’aurais une tête de sale juive ? Ou peut-être encore parce que mes arrière-grands-parents maternels sont morts dans les camps et que je sens encore le gaz ? Je n’ai pas le “type”, mes amies, oui. Mais qu’importe. Il y a dix ans, on m’a arraché l’étoile que je portais autour du cou. Il y a encore moins de temps, on m’a craché au visage dans l’enceinte d’une faculté de droit français, dont les organes de direction, envers lesquels j’avais sollicité une réaction, m’ont répondu qu’ils ne pouvaient rien faire contre les conflits “inter raciaux” (!). J’avais juste osé dire à une fille d’aller se battre en Palestine puisqu’elle déclarait ouvertement vouloir éradiquer Israël, alors qu’elle agitait son stylo bicolore, bien au chaud, dans une faculté française. Cela ne m’a pas empêchée d’aimer la France et de prendre du plaisir à y vivre, car je me disais que cela pouvait arriver à tout le monde d’être confronté à des abrutis. Mais aujourd’hui, je n’en peux plus. C’est trop. Je me dis que les Juifs sont désormais trop peu nombreux en France pour que leur bien-être intéresse les politiciens, les médias ou même les forces de l’ordre. Mais Juifs, Musulmans, Chrétiens, Athées, Laïques…, nous sommes tous Français !!! Qu’attendons-nous, nous FRANCAIS, pour réagir en tant que FRANCAIS et non en tant que catalyseurs d’une perte de valeurs primordiales ? Quand verrons-nous des milliers de FRANCAIS, toutes sensibilités religieuses ou non confondues, manifester dans la rue pour défendre les valeurs françaises, les droits de l’humain, LA PAIX en France, avant de la réclamer ailleurs, et ainsi s’élever avec fermeté contre la xénophobie et électivement l’antisémitisme EN France ? Pourquoi manifester au sujet d’un conflit extérieur alors que la France est en train de mourir de l’intérieur ? Au milieu des manifestations, on pouvait lire sur les affichettes “Nous sommes tous des Palestiniens” ? Et si on essayait d’être des Français avant d’être qui que ce soit d’autre ? Quand les minorités sont attaquées, physiquement, verbalement ou mentalement, c’est la fin de la démocratie. “Mort aux Juifs” = Mort de la France.

Je ne suis plus haineuse, je n’ai plus la rage, je n’ai pas même eu envie de céder à la tentation de rattraper l’auteur de l’injure, ce lâche fuyant, pour lui flanquer mon poing à la figure comme je l’aurais fait autrefois.

Je n’ai que de la peine. Une immense peine.

Et c’est bien la première fois que j’aurais préféré ne pas avoir à être Juive pour écrire tout cela, d’autant plus sur Facebook, cette seule mince tribune dont je dispose...

Estelle Abbou

29 juillet 2014

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cela ne va pas sans dire
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